Le magazine virtuel du Groupe Sani Marc

Un récit de deux crises : les virus et l’économie

Je n’ai pas écrit de blogs depuis quelques semaines et je pourrais expliquer cette interruption en disant que j’ai travaillé sur des demandes de subventions et que j’ai eu des discussions avec des entreprises et organismes non gouvernementales à l’élaboration d’éventuelles stratégies sociales et des projets de marketing sur la santé communautaire et mondiale.

Et je ne vous mentirais pas.

Mais pour être honnête, il y a une autre raison pour laquelle j’étais absent. Non, ce n’est pas parce que je suis accro au jeu « Angry Birds » – oui, j’ai joué, mais ce n’est pas la raison de mon absence.

Je suivais l’évolution de la situation économique.

Depuis environ un mois (plus particulièrement au cours des deux dernières semaines), le focus est sur l’économie, comme jamais vu auparavant. La soi-disant «crise de la dette» et «la politique de la corde raide» étant abordées et diffusées sur toutes les chaînes, il était presque impossible de les ignorer. La dégradation par l’agence de notation S & P et la chute des marchés boursiers à l’échelle mondiale a rendu la situation apparemment plus désastreuse, et selon certains observateurs, apocalyptique.

Les médias, pour leur part, ont fait de leur mieux pour analyser la situation, pour garder les nouvelles et les discussions objectives et ils ont même essayé de trouver un moyen d’affronter ou de dissimuler les conséquences. Pourtant, à chaque fois qu’un diagnostic était possible et qu’une solution était identifiée, les tendances changeaient et tout le monde était abasourdi. A un moment donné, même les plus grands analystes de l’économie ont été forcés d’admettre, en ces termes, qu’ils ne savaient pas quand on sortirait de la crise:

On n’a aucune idée.

Alors, pourquoi suis-je tellement étonné? Ce n’est pas parce que c’est exceptionnel, révolutionnaire et le début d’une toute nouvelle façon de vivre. Bien au contraire. À mon avis, c’est parce que c’est banal …

… pour les maladies infectieuses.

Je crois que toute personne qui a bravé une épidémie ou une pandémie microbiologique comprend ce qui se passe dans la tête de ces experts en économie et peut apprécier leur désarroi. Après tout, les étapes de ces crises sont similaires à bien des égards et les résultats en parallèle les uns aux autres. Et tandis qu’ils semblent être diamétralement opposés, comme vous le verrez dans l’élaboration de chaque étape qui suit, ils sont plus étroitement liés qu’on pourrait l’imaginer.

1. Un avertissement est émis qu’il y a ou qu’un problème est imminent

Un virus: l’identification d’une nouvelle souche ou d’une souche virulente dans l’environnement qui pourrait causer des maladies chez les humains.

L’économie: une prévision en février d’endettement à travers le monde.

2. Un événement déclencheur se produit et menace la communauté

Un virus: la souche du virus est identifiée.

L’économie: Inévitable, la Grèce n’est pas capable de payer ses dettes.

3. L’impact imprévu d’une transmission secondaire et de la virulence

Un virus: Plus d’une personne est atteinte et la voie de transmission est inconnue – les taux de morbidité et de mortalité font l’objet de discussions.

L’économie: La peur de ne pas pouvoir rencontrer ses obligations se propage aux États-Unis et dans d’autres pays – on parle de rétrogradations.

4. On tente de dénombrer les enjeux

Un virus: Est-il transmis d’une personne à l’autre? Est-il hyper virulent? Est-il résistant?

L’économie: Est-ce une dette? Est-ce de l’avidité? Est-ce le gouvernement?

5. Une tentative pour sauver la situation ne produit rien

Un virus: L’abattage massif d’animaux peut se produire sans pour autant arrêter la propagation, on vaccine rapidement; on achète de grandes quantités de médicaments antimicrobiens; les hôpitaux et autres maisons de santé commandent de grandes quantités de masques et des fournitures pour se protéger. Pourtant, le virus continue à se propager.

L’économie: Les efforts du gouvernement pour contrôler la dette sont ponctués, des mesures d’austérité sont introduites; les analystes financiers commencent à conseiller aux clients d’être prudents et d’éviter les risques; la volatilité des marchés augmente. Pourtant, pas de solutions en vue.

* * *

À ce stade, la situation s’améliore ou se détériore. Si les conditions sont bonnes, la situation va se rétablir d’elle-même et sera propice au redressement et à la reprise économique. Dans de nombreux cas d’épidémies de courte durée, comme le virus Ébola par exemple, ou en économie, le crash éclair de 2010, la meilleure ligne de défense est passive afin de permettre à l’événement de se volatiliser de lui-même, un peu comme un incendie qui fait rage.

Mais, si la situation ne change pas, il y a un risque qu’elle puisse s’empirer. Et si c’est le cas, le seul moyen pour la contrôler peut se révéler très impopulaire et peut même perdre ou briser la confiance des gens et leur apathie.

6. La goutte qui fait déborder le vase

Un virus: Un pourcentage spécifique de la population est infecté et une situation épidémique / pandémique doit être déclarée.

L’économie: La cote de crédit des États-Unis est baissée.

7. Retombées

Un virus: La situation est différente pour chaque événement. Dans le cas du SRAS, les séquelles ont été l’interdiction de voyager dans les régions touchées, ce qui a presque ruiné l’industrie touristique de Toronto en 2003. Dans le cas de la grippe H1N1, il y a eu une confusion massive sur l’impact du virus ce qui a influé à la fois sur les mesures de prévention et la vaccination. Dans la région de Niagara, dans le cas l’épidémie récente de C. difficile, les gens ont même manifesté devant les portes des institutions. La population avait l’impression que personne ne serait épargné, que la sécurité personnelle était en péril et que tout le monde blâmait quelqu’un d’autre.

L’économie: Présentement. Il y a eu, lundi dernier, l’effondrement du marché mondial. Il y a des tensions persistantes entre la population et les gouvernements, et indépendamment de qui prend la parole pour apaiser les tensions, rien ne semble résoudre le problème. Pour le public en général, tout le monde semble d’accord pour penser qu’aucun n’est épargné, que la sécurité personnelle est en péril et que tout le monde blâme quelqu’un d’autre.

8. Résolution

Un virus: L’agent a été identifié, ses moyens de transmission sont connus et les mesures de contrôle ont été éprouvées et mises en œuvre. Dans le cas du SRAS, cela signifiait que la population était presque soumise à la loi martiale dans les soins de santé. Dans le cas de la grippe H1N1, les écoles et autres endroits achalandés ont été fermés. Et, pour le C. difficile, c’était une question de procédures d’isolement strictes et pratiques de désinfection extrêmes.

L’économie: Rien à ce jour n’a été résolu.

Si l’on devait suivre l’expérience des virus, des mesures à court terme ou draconiennes pourraient être nécessaires pour arrêter cette pandémie d’effondrement économique. Des mesures financières sévères devraient être acceptées et la population sera forcée de vivre, au moins pendant un certain temps, sachant que leur qualité de vie sera différente et probablement affectée.

Et ceci évoque un facteur qui est extrêmement important dans le monde économique, mais qui l’est moins dans le monde des virus:

La réaction des gens.

Il est presque ironique de constater que dans le monde des virus, là où la santé des gens est le but primordial, la réaction des gens à la solution apportée est jugée plus ou moins importante. On présume que toute mesure, si stricte soit-elle, est mieux que d’avoir toute une population qui souffre. Pensez au nombre de personnes qui ont attendu pendant des heures en ligne pour obtenir un vaccin contre le H1N1 qui peut ou ne peut avoir été nécessaire? Quand il s’agit de mesures drastiques, le terme «la vie ou la mort« est vital et on croit que la plupart choisirait la vie, même si elle est moins confortable que d’habitude.

Dans le monde économique, c’est une autre histoire. La vie et la mort ne sont pas des enjeux; c’est la stabilité financière qui compte. Et naturellement, quand notre futur financier est menacé ou au moins marginalisée, il peut entraîner à un autre type d’épidémie …

… celle qui se manifeste dans les rues.

Nous avons vu les émeutes en Grèce et on craint que le secteur financier puisse être la prochaine cible des émeutes en Angleterre. Il y a toujours des préoccupations concernant des manifestations dans d’autres pays comme l’Espagne, le Portugal, l’Italie et même l’Allemagne. Et s’il y a eu des protestations d’une nature pacifique aux États-Unis, il existe une certaine tension qui peut exploser à tout moment. C’est le jeu de l’attente d’une bombe à retardement silencieuse que tout le monde s’attend va exploser mais personne ne sait quand.

Quelle que soit la décision préconisée, j’ai bien peur qu’elle ne plaira pas à tous, mais j’espère qu’elle sera implantée sans perte de biens, de libertés ou de vies.

* * *

Pour moi, les dernières semaines ont été un l’apprentissage. J’ai acquis une nouvelle appréciation pour l’économie et j’ai constaté que l’économie mondiale n’est pas tellement différente que la santé mondiale. Je crois sincèrement que le monde microbiologique et épidémiologique peut tirer des leçons de cette situation afin d’améliorer notre habileté à répondre aux événements indésirables tels que les épidémies et les pandémies.

À son tour, peut-être que le monde économique peut se tourner vers le monde des virus pour en apprendre davantage sur la façon de contenir les problèmes, bien avant qu’ils ne surviennent. La santé existait bien avant l’argent et les leçons apprises au cours des âges peuvent être traduites pour aider à identifier des moyens afin d’obtenir de l’aide et des solutions, bien avant qu’il soit trop tard. Après tout, bien que les épidémies se produisent sur une base régulière, les pandémies sont encore peu nombreuses et espacées. Et dans le cas du SRAS, une pandémie a été effectivement circonscrite avant la catastrophe. Je crois que le monde économique pourrait utiliser cet exemple pour l’aider dans l’avenir.

Peut-être que je vais le formuler d’une façon plus succincte:

Si le monde économique regardait la crise qui sévit présentement de la même façon que le monde des virus l’a fait pour le SRAS, plusieurs d’entre nous ne seraient pas dans cette situation aujourd’hui.

Mais si le monde des virus avait agi de la même façon que le monde économique a agi récemment, lorsque le SRAS est apparu, plusieurs d’entre nous ne seraient pas ici aujourd’hui, point final.

Qu’en pensez-vous?

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